La tour Saint-Nicolas (XIVe siècle) est, avec la
tour de la Chaîne et la tour de la Lanterne, l’une des trois tours
du front de mer de La Rochelle, et l’une des deux tours emblématiques
du Vieux-Port, dont elle constitue la majestueuse porte d’entrée.
Elle a assuré pendant cinq siècles la défense de la
passe et a servi de point d’attache à la chaîne, tendue
depuis l’autre rive, et qui servait à interdire l’accès
du port. Elle a été classée monument historique en
1879.
La construction de la tour débute vers 1345. En raison du terrain
marécageux, il est décidé de mettre en place un radier,
constitué de longs pieux de chêne enfoncés dans la vase
et calés à l’aide de pierres, qui fait alors office de
fondations. Cependant, en raison du poids de la construction et de la nature
meuble du terrain, les fondations cèdent, ce qui a pour effet de
faire s’incliner l’édifice, qui présente un important devers
de plus de vingt centimètres en direction de l’Est. Ne parvenant
pas à la redresser, les ingénieurs décident de stabiliser
les fondations.
La bataille de La Rochelle, par Jean Froissart.
En 1360, la signature du traité de Brétigny par le roi
Jean II de France, qui cède de nombreux territoires à la
couronne d’Angleterre, dont la ville de La Rochelle, interrompt le
chantier. Ce dernier ne reprend qu’en 1372, symbolisant l’alliance
entre Charles V, roi de France et la ville, après que les anglais
aient été vaincus lors de la bataille de La Rochelle et
chassés de la ville par les rochelais lors du siège mené
par le connétable Bertrand du Guesclin, sur ordre du roi, faisant
de La Rochelle une ville définitivement française.
En 1376, après 31 ans de travaux interrompus par la rupture des
fondations dans les premières années de la construction
et par l’occupation anglaise ensuite, et après un tour de force
technique, les constructeurs étant parvenus à corriger la
verticalité de la partie supérieure de l’édifice,
la tour Saint-Nicolas est achevée.
Destinée à défendre la passe du Port, la tour héberge
son premier capitaine ainsi que les soldats préposés à
sa garde en 1384. En 1394, un budget est prévu pour l’ameublement
de chacune des tours de la Chaîne, et le 13 avril 1398, il est fait
obligation aux capitaines des tours d’habiter ces ouvrages avec leur
famille. Le capitaine est nommé tous les ans par le maire de la
ville et prête serment de ne jamais quitter la tour durant l’année
où il en a la charge. Il est le représentant du roi et le
chef des armées de la ville. Sa fonction consiste à surveiller
le trafic du port, et à s’assurer du paiement des taxes.
Quelques années après la tour Saint-Nicolas, la tour de
la Chaîne est édifiée sur l’autre rive. Elle
est ainsi nommée en raison du fait qu’elle a pour fonction
de tendre la chaîne fixée dans la tour Saint-Nicolas et fermant
l’accès au port. Les deux tours deviennent emblématiques
du Vieux-Port de La Rochelle, dont elles constituent la majestueuse porte
d’entrée.
À l’origine, la tour Saint-Nicolas était constituée
de quatre grandes salles superposées et recouvertes d’un toit
en poivrière, mais son dernier étage, qui abritait la quatrième
salle, fut détruit pendant la Fronde.
En 1648, Louis de Foucault de Saint-Germain Beaupré, comte du
Daugnon, gouverneur royal de l’Aunis et des îles, et véritable
tyran, décide de faire de la tour son réduit de sûreté
à La Rochelle. Pour cela, il fait construire au pied de la tour
un ouvrage à corne entouré d’un profond fossé
afin de se protéger de la ville. En 1649, il se range du côté
des frondeurs et fait fortifier les tours, notamment en faisant araser
le parapet de la tour Saint-Nicolas pour l’équiper d’une
douzaine de pièces de fonte, ainsi que pour d’autres points
élevés de la ville.
En 1651 cependant, à l’arrivée des troupes du roi
Louis XIV menées par Henri de Lorraine, comte d’Harcourt,
il s’enfuit rejoindre le Prince de Condé à Bordeaux,
en laissant son lieutenant, de Besse, à la tête de quelques
soldats réfugiés dans les tours. Pour les déloger,
le marquis d’Estissac, fait miner les tours et ouvre le feu au canon.
Le dernier étage de la tour Saint-Nicolas est bombardé et
détruit, et les soldats se rendent juste avant que les troupes
royales ne fassent sauter la tour de la Lanterne. Le lieutenant de Besse
est trahi par ses propres soldats qui le précipitent du haut du
parapet de la tour Saint-Nicolas le 29 novembre 1651. Bien que cela soit
demandé par la ville, le roi refuse de faire démolir la
tour et l’incorpore au domaine militaire.
De 1652 à 1659, la tour héberge les Compagnons charpentiers
de marine de Hambourg, venus à La Rochelle pour monter un chantier
naval.
À partir de 1569, et plus largement pendant le XVIe siècle
et le XVIIe siècle, la tour sert épisodiquement de dépôt
d’armes, de poudrière et de prison pendant les guerres de religions
: des huguenots y sont enfermés entre 1682 et 1686, à l’époque
de la révocation de l’Édit de Nantes. Lors de la Révolution
française, la tour est utilisée (jusqu’en 1793) pour
emprisonner des Chouans.
En 1685, l’extérieur de l’édifice est restauré
sommairement par Ferry, ingénieur du génie.
Le 17 février 1879, les tours de La Rochelle sont classées
monument historique par décret. L’architecte Juste Lisch restaure
extérieurement la tour et la dote créneaux et de mâchicoulis
entre 1884 et 1888, puis Albert Ballu procède à sa restauration
intérieure de 1901 à 1904.
En raison du terrain marécageux, la tour repose sur un radier. Ce
dernier est constitué de longs pieux de chêne de six mètres
à sabot métallique enfoncés dans la vase et calés
à l’aide de pierres, l’ensemble étant recouvert
d’un quadrillage de poutres horizontales et faisant office de fondations.
Cependant, le poids de la tour et la nature meuble du terrain entraînèrent
lors de sa construction une déstabilisation des fondations, et
un important devers de l’édifice, de plus de vingt centimètres,
en direction de l’Est. Cette inclinaison sera conservée lors
de la restauration de la tour, de sorte que le sol présente aujourd’hui
encore une inclinaison de l’ordre de 2 %, bien qu’il ait été
surélevé de 50 cm par rapport au sol originel.
De plan circulaire, la tour mesure 37 mètres de hauteur pour un diamètre
de 23 mètres.
Elle est fortifiée par quatre tourelles semi-cylindriques engagées,
décalées à 70° environ, et d’une tourelle
rectangulaire, plus élevée que le reste du bâtiment
et surmontée d’une tour carrée plus haute. Ces tourelles
placées régulièrement à sa périphérie
lui donnent une forme pentagonale.
La tour, qui est en position saillante par rapport aux deux côtés
du rempart, forme un éperon à angle droit en direction de
la mer, au Sud-Ouest.
La tour est particulièrement bien défendue. Fortifiée
par des tourelles, elle est accompagnée d’un ouvrage à
corne, surmontée d’un parapet en saillie décoré
de trèfles et reposant sur un rang de consoles à trois renflements,
qui est de surcroît doté de créneaux, de merlons, de
mâchicoulis, et d’une bretèche. Ses murs sont percés
de nombreuses archères. Elle est également équipée
d’un corps de garde, et est isolée par un profond fossé.
Constituée de pierres de taille en matériaux calcaire, ses
murs, épais de de 3 à 6 mètres, abritent un véritable
dédale de couloirs de petites pièces et d’escaliers à
double hélice, disposés de manière à ce que
ceux qui montent ne rencontrent pas ceux qui descendent.
Intérieurement, les murs laissent un vide central d’environ
9,5 mètres de diamètre, qui est divisé en trois grandes
salles superposée de forme octogonale et de style gothique, dont
deux sont voûtées sur croisée d’ogives. La majorité
des autres pièces mettent également en œuvre cette
architecture ogivale.
À l’origine, la tour était isolée du reste de
la ville par des zones marécageuses, mais suite à la construction
du bastion du Gabut, elle fut rejointe par le tissu urbain de La Rochelle,
qui vint s’étendre jusqu’à son pied.
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