| La Commission des Phares décide de construire un phare
sur le récif des Epées de Tréguier en 1831 et confie
la construction d’un ouvrage provisoire à un charpentier de
Saint-Brieuc. L’ouvrage, un feu fixe blanc, sera livré en 1832
et le devis largement dépassé en raison des difficultés
rencontrées et de la dangerosité de l’endroit ; la zone
est en effet encerclée de courants violents et les déferlantes
y sont redoutables. En un an, la charpente provisoire est en ruine et, en
avril 1834, Augustin Fresnel demande à Léonce Reynaud, jeune
ingénieur de 32 ans, de rédiger le projet d’une tour
définitive. Il s’agit de construire un phare « de premier
ordre » sur un rocher submergé à chaque marée.
Le projet de Reynaud est audacieux et ne ressemble en rien aux archétypes
architecturaux de l’époque, essentiellement Britanniques dans
ce domaine. Le bâtiment est fait de deux volumes distincts : un
premier bloc, très massif est construit sur le modèle des
phares britanniques d’Edystone et de Bell Rock, une tour plus légère
place ensuite la lanterne à sa hauteur définitive.
Les blocs de granite sont taillés à terre, numérotés
puis acheminés sur place pour y être assemblés. Les
difficultés rencontrées sont nombreuses : plusieurs entrepreneurs
résilient leur contrat devant les dangers rencontrés, la
pose de la première pierre est repoussée à cause
du mauvais temps, des grèves arrêtent le chantier en octobre
1838, et le budget prévu par l’administration est en fin de
compte largement dépassé. Le phare aura finalement coûté
531 679,28 francs, non compris la lanterne et l’appareil optique.
Le feu s’illumine enfin le 1er février 1840, en haut d’une
tour massive de 47 mètres.
Le 18 juin 1903, il devient phare à éclat blanc, avec une
période de 4 secondes.
En août 1944, les Allemands font sauter le haut de la tour à
la dynamite ; 15 mètres de phare disparaissent dans les vagues,
mais la tour est vite reconstruite et surélevée d’un
étage pour atteindre les 57 mètres actuels. La période
passe à 5 secondes.
Le feu est automatisé en 1982.
Après le phare du Four, construit en 1822, c’est le plus
ancien phare français de haute mer, mais il le dépasse de
plus de 30 mètres.
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