Description architecturale :
1er phare :
Hauteur au dessus de la mer : 40 m.
Taille générale : 38 m.
Description : Tour en maçonnerie de pierres apparentes centrée
sur un soubassement carré de deux niveaux en maçonnerie de
pierres apparentes entouré d’ un mur d’ enceinte. Fût terminé
par congé et astragale.
La tour actuelle est surmontée d’ une antenne de la marine nationale
et du signal sonore.
2e phare :
Allumage : 17 octobre 1897.
Hauteur au dessus de la mer : 60 m.
Taille générale : 64,80 m.
Description :
Tour octogonale en maçonnerie de granit de Kersanton
avec encorbellement à la partie supérieure à deux plates-formes
superposées sur un soubassement carré en maçonnerie
de pierres apparentes. Terrain 6506 m2. Bâtiments annexes, logements,
locaux techniques. Lanterne de couleur blanche.
A l’ intérieur de la tour : plaques d’ opaline au mur et salle d’
honneur avec boiseries et marbre. Sculpture en bronze du Maréchal
Davout. Lampes et appliques murales.
- Description technique :
1er phare : 1ère optique : 20 novembre 1835 : feu à éclipses
de 30 en 30 secondes. Optique de 0,92 m.de focale.
2e phare : 1ère optique : 17 octobre 1897 : feu à éclats
toutes les 5 secondes. Optique double de 0,30 m de focale électrique
Sautter-Harlé
- août 1911 : renforcement du feu.
Cuve à mercure : 1897 : Sautter-Harlé.
Combustibles :
Huile végétale : 1831.
Huile minérale : vers 1875.
Electrification : 1897.
- Etat actuel : Ancien phare totalement réaménagé.
Vibrateurs ELAC-ECAU sur le fût.
Nouveau phare : Feu à éclats réguliers tournants blancs.
Cuve Sautter-Harlé 4 colonnes dans la lanterne. Double optique de
0,30 m. de focale à 4 panneaux au 1/4 à éclats réguliers
5 sec. Lampe halo 650w. Machine de rotation Sautter - Harlé (sur
site, inutilisée). Lanterne Ø 4 m décorée en
feuilles d’ acanthe et lions. Portée 25 milles. Boîtier de
la sirène de Sautter-Harlé de 1897.
Historique
Ancien phare :
Au début du XVème siècle commence la construction
d’une tour dite la "vieille tour" qui servit peut être
de tour à feu. Un projet plus sérieux est présenté
par le ministre Jean-Bon-Saint-André et autorisé par un
décret du Comité de Salut Public daté du 3 de pluviôse
de l’An II (22 janvier 1794). L’adjudication des travaux est autorisée
le 30 janvier 1794 mais le chantier s’arrête par manque de crédits.
Ils reprennent en juillet 1797 mais ne sont guère plus concluants
et seuls les fondations et le soubassement sont achevés. En 1831
la Commission des Phares reprend les travaux antérieurs et décide
de la construction d’une tour en ce lieu. L’adjudication est autorisée
le 11 novembre 1831.
- 1831 : feu fixe blanc provisoire sur la "Vieille tour"
- 20 novembre 1835 : allumage sur une tour en maçonnerie de pierres
de taille de 40 m de hauteur (même tour que celle du phare de Batz)
construite par l’entrepreneur Rouvillois de Glomel ; Magloire Bonilleau,
Hervé Le Cloarec et Pierre Drouet les trois premiers gardiens nommés.
Ce phare est éteint après l’allumage du phare d’Eckmühl
en 1897.
Nouveau phare :
à 122 m à l’Est de l’ancien phare de Penmarc’h
La loi du 3 avril 1882 sanctionnait le programme d’électrification
des grands feux d’atterrissage des côtes de France proposé
par l’ingénieur du Services des Phares, Emile Allard. Cette loi
admettait la création de 46 phares électriques distribués
uniformément sur notre littoral dont celui de Penmarc’h, à
la pointe Sud-Ouest du Finistère, construit en 1835. Le programme
de conversion connut un sérieux coup d’arrêt en 1886 et l’on
décida alors d’ajourner la majeure partie des travaux prévus
pour se contenter d’établir de nouveaux feux sur les tours essentielles
pour la navigation et parmi ces dernières la vieille tour de Penmarc’h
fut retenue. Les nouvelles dispositions prescrivaient d’établir
les appareils plus puissants sur un plan focal élevé à
plus de 60 mètres au dessus des plus hautes mers pour bénéficier
de toute l’intensité lumineuse alors que l’édifice existant
ne mesurant que 40 mètres de hauteur devait subir une surélévation
d’une vingtaine de mètres. L’ingénieur ordinaire chargé
des études conclut à l’impossibilité technique de
ce projet sur un édifice trop âgé et au diamètre
sommital trop faible pour recevoir les maçonneries exhaussées
et la nouvelle lanterne; le problème se posait d’ailleurs dans
les mêmes termes pour le feu de l’île Vierge au Nord du département.
La Commission des Phares se rangea à cet avis et entérina
la décision de l’ingénieur pour préconiser une construction
neuve. Les plans et devis de cette tour, présentés en 1890,
pour un montant total des dépenses de 110 000 francs, furent approuvés
par D.M. le 25 mai 1892 et les travaux pouvaient dès lors commencer.
On se préparait à lancer l’appel d’offres lorsque le Service
des Phares notifia aux ingénieurs du Finistère que par "suite
de circonstances spéciales, au courant desquelles vous serez mis
ultérieurement, il est probable que nous aurons à reporter
le phare de Penmarc’h plus à l’Est" . Deux mois auparavant,
le 7 octobre 1892 mourait en son hôtel parisien madame Adélaïde-Louise
Davout, marquise de Blocqueville. De son testament, daté du 2 février
1885 était extrait le passage suivant : "Je nomme M. Le Myre
de Vilers, ancien gouverneur de la Cochinchine, mon exécuteur testamentaire
en tout ce qui concerne le phare d’Eckmühl. Ma première et
ma plus chère volonté est qu’il soit élevé
un phare sur un point dangereux des côtes de France, non miné
par la mer. Mon vieil ami, le baron Baude, m’a souvent dit que bien des
anses des côtes bretonnes restaient obscures et dangereuses. J’aimerais
que le phare d’Eckmühl fût élevé là; mais
sur quelque terrain solide, granitique, car je veux que ce noble nom demeure
longtemps béni. Les larmes versées par la fatalité
des guerres que je redoute et déteste plus que jamais, seront ainsi
rachetées par les vies sauvées de la tempête... Je
consacre à cette f ondation une somme de 300 000 francs, voulant
ce phare digne du nom qu’il portera... Sur une plaque de marbre incrustée
dans une muraille on inscrira les paroles suivantes : ce phare a été
élevé à la mémoire du maréchal Prince
d’Eckmühl par la piété filiale de Napoléon-Louis
Davout, Duc d’Auerstaedt, Prince d’Eckmühl, son fils unique mort
sans enfant et par sa fille Adélaïde-Louise d’Eckmühl,
marquise de Blocqueville, également morte sans enfant" . Saisi
de cette offre alléchante, le ministre des Travaux Publics constitua
une commission chargée d’étudier les mesures à prendre
pour accepter ou non ce legs et, dans l’affirmative, décider de
son meilleur emploi. Les membres réunis jugèrent l’offre
intéressante et se fixèrent sur deux sites, l’île
Vierge et Penmarc’h; ce dernier remporta la majorité des suffrages.
La convention d’accord fut signée entre les deux parties le 22
décembre 1892 rendant caducs les travaux préparatoires de
l’ingénieur Havé. Un décret ministériel en
date du 16 mars 1893 légalisait les accords qui prévoyaient
le remplacement de la vieille tour par une nouvelle qui prendrait officiellement
le nom de phare d’Eckmühl. Les plans de l’édifice furent dressés
par les ingénieurs du Service central, Bourdelles et Ribière,
sous la direction du Directeur Bernard. Pour la première fois dans
l’histoire moderne des phares, ils s’adjoignirent les services d’un architecte
parisien diplômé, Paul Marbeau, surtout pour répondre
aux dispositions particulières du testament car son concours se
releva plus que modeste. Les plans sont approuvés le 25 mai 1892.
Les travaux débutèrent en septembre 1893, confiés
à l’entreprise Vabre, sise 12 rue Nouvelle à Paris, pour
un montant total des dépenses estimé à 450 000 francs;
l’État prenait en charge les dépenses supplémentaires
de toute manière prévues pour le projet de 1890. Pour réaliser
les voeux de la testatrice, la tour du phare fut entièrement exécutée
en pierres de Kersanton, la plus belle et la plus chère aussi,
et l’on n’utilisa pour les "parements vus que des matériaux
de choix inaltérables à l’air salin de l’océan. L’architecture
a été étudiée de façon à donner
à l’édifice à la fois des dispositions propres à
sa destination et le caractère monumental que justifiaient les
circonstances" . "Avec ses proportions grandioses, avec son
outillage perfectionné le phare d’Eckmühl prendra sans conteste
le premier rang parmi les ouvrages de cette sorte. Ce sera l’une des merveilles
du génie moderne qui depuis longtemps a laissé loin derrière
lui les sept merveilles du monde tant prônées par l’antiquité"
. Si les ingénieurs présentèrent après coup
ce chantier comme exemplaire il souffrit en fait de nombreuses anomalies
tout au long de l’exécution. Les livraisons de pierres en provenance
de la rade de Brest s’effectuèrent difficilement et leur prix augmenta;
les équipes de maçons et de poseurs se révélèrent
insuffisantes dans bien des situations, les plaques d’opaline pour le
revêtement intérieur présentaient parfois des qualités
douteuses et l’entrepreneur dut s’en procurer plus que prévu ...
D’ailleurs il posa de nombreuses réclamations qui devaient être
fondées car l’Administration décida d’un règlement
à l’amiable pour solder les comptes. Toujours est-il que l’inauguration
prévue en septembre 1895 fut reportée au 17 octobre 1897,
date aussi de sa mise en service et c’est ainsi que grâce au legs
d’une vieille baronne parisienne "un phare des côtes bretonnes
porte le nom, bien que mal orthographié, d’un village du fin fond
de la Basse-Bavière". Le phare est construit pour fonctionner
à l’énergie électrique. Elle sera produite par deux
machines à vapeur de 12 chevaux (une de secours) reliée
à des alternateurs diphasés de type Labour. Les lampes étaient
des lampes à arc dont les crayons étaient mis en contact
par un régulateur mécanique Serrin. La puissance lumineuse
ainsi dégagée sera deux fois supérieure au premier
phare électrique de la Hève. Sa portée était
de 100 kilomètres. La la n terne, l’ensemble de l’optique et cuve
ont été construit par l’entreprise Sautter - Harlé
et cie de Paris. Le phare était entretenu par un maître de
phare et cinq gardiens.
| Source: Inventaire général
du patrimoine culturel |
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