Ar-Men est l’un des phares les plus connus, en raison de
son caractère isolé, des difficultés considérables
qu’a présenté sa construction et du danger qu’il y avait à
relever son personnel. Dans le petit monde des phares en mer, dont font
partie notamment Kéréon, le Phare de la Vieille ou encore
La Jument, c’est sans doute le plus mythique. Considéré comme
un lieu de travail extrêmement éprouvant par la communauté
des gardiens de phare, il a été surnommé par ces derniers
« L’Enfer des Enfers ». Il n’était pas rare que, dans
des conditions difficiles de mer et de vent, on ne puisse pas relever les
équipes tous les 15 jours comme de normal. Les coups de boutoir portés
par la grande houle pendant les tempêtes faisaient trembler tout l’édifice
et pouvaient faire tomber tout ce qui était accroché aux murs,
rendant ces périodes particulièrement insupportables pour
les gardiens.
Il n’y a sur la partie occidentale de la chaussée d’Ar
Men, connue sous le nom de "Basse Froide", aucune roche susceptible
de servir d’assise à un phare. La seule solution qu’on
puisse envisager serait la construction d’un phare à cinq milles
de l’extrémité, sur Neurlac’h, la dernière
des roches du port de Sein qui découvre à toute marée.
La commission des phares n’a pas cru devoir suivre cette conclusion
et c’est à sa demande que l’Inspecteur Général
des phares et Balises a prié M. Joly de se mettre en route pour
Sein. Après quelques tentatives, ce n’est que le 16 avril
1867 que l’ingénieur Paul Joly, muni d’une ceinture de
sauvetage, réussit pour la première fois à mettre
le pied sur la roche.
L’ingénieur réussit à recruter des marins et
passe un marché à forfait pour le percement de trous dans
la roche, destinés au scellement des barres de métal qui
serviront d’armature à l’assise du phare. C’est
en mai 1867 que le "chantier" d’Ar Men est ouvert, chantier,
nom pompeux puisque cette année là, on ne put accoster la
roche que 7 fois ( 8h de travail ; 15 trous percés).
La difficulté particulière de la construction des phares
en mer et notamment celle d’Ar Men est l’accès au rocher
qui doit les porter (celui-ci se trouvant dans une zone de forts courants
et remous ne découvre souvent qu’à marée basse).
La première tâche des constructeurs de phare est évidemment
d’établir un système d’accostage qui doit permettre
aux chaloupes et aux chalands d’approcher de la roche avec le maximum
de sécurité. Pour cela, on doit forer la pierre de trous
où sont ensuite scellés quelques organeaux d’amarrage
ainsi que des pitons pouvant permettre aux gaffes de mordre et aux ouvriers
d’accrocher si le récif est balayé par la mer.
Dès qu’ il y a chance d’ accostage, deux hommes descendent
sur la roche, munis de leur ceinture de sauvetage, se couchent sur elle,
s’y cramponnent d’ une main, tenant de l’autre un marteau
et travaillant avec une activité fébrile, incessamment couverts
par la lame qui déferle par dessus leur tête. Si l’un
d’entre eux est entraîné par la force du courant, sa
ceinture le soutient et une embarcation allait le repêcher pour
le ramener au travail.
La construction d’Ar Men fut sans conteste la réalisation
la plus difficile et c’est le 18 février 1881 qu’il est
allumé pour essai. Enfin le 31 août 1881 le phare s’allume
mais au lieu de triompher, les constructeurs sont comme effrayés
de leur victoire.
Inquiets du diamètre trop réduit de la tour par rapport
à sa hauteur et après plusieurs enquêtes, ils décideront
de réaliser une ceinture ou enveloppe protectrice de 11,20 m de
haut qui s’élèvera jusqu’à la hauteur de
la plate-forme
Ces travaux de consolidation dureront encore 17 ans. C’est seulement
en 1897, soit 32 ans après la première enquête de
l’ingénieur JOLY, qu’on peut considérer la tour
d’Ar Men comme véritablement achevée, c’est à
dire à l’abri de tout danger.
| Source: site de la DDE du Finistère |
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