Le fort Boyard (prononciation phonétique : /bojar/)
est une fortification située entre l’île d’Aix et l’île
d’Oléron, rattaché à la commune d’Île-d’Aix,
dans le département de la Charente-Maritime. Il fut construit initialement
pour protéger la rade de la marine anglaise du XVIIe siècle.
Le fort Boyard fait partie intégrante de l’Arsenal Maritime de Rochefort
qui s’étend tout au long de l’estuaire de la Charente. C’est aujourd’hui
une propriété du conseil général de la Charente-Maritime.
Le fort fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques
depuis 1950.
Le fort mesure 68 mètres de long sur 31 mètres de large[4],
pour une superficie totale de 2 689 m². Les murs d’enceinte culminent
à 20 mètres. Il est construit sur un banc de sable nommé
« longe de Boyard » qui a donné son nom au fort. Il est
visible depuis Fouras, depuis le pont qui relie l’île d’Oléron
au continent (sud de l’île), depuis le phare de Chassiron par beau
temps (extrême nord de l’île) et aussi depuis la ville de La
Rochelle. De 1995 à 2002, dans le cadre des "Sites en Scènes",
un feu d’artifice y était tiré le 14 juillet, que l’on peut
voir depuis toutes les plages des alentours. Ce feu d’artifice contenait
des milliers d’explosifs et durait, en moyenne, une trentaine de minutes.
Le fort a été construit afin de protéger l’arsenal
de Rochefort-sur-Mer qui était l’un des plus prestigieux de l’empire.
La raison exacte de la construction de ce fort en sus des batteries de canons
disponibles sur les côtes des différentes îles est que
la portée de ces derniers était trop faible (1 500 mètres
environ) et qu’il restait une zone hors d’atteinte entre les deux îles.
C’est dès la fin de construction de l’arsenal (1666) que la nécessité
d’une protection fut évoquée. On envisage dès le
départ la longe de Boyard comme base pour la construction mais,
après les différents relevés, Vauban dira, en ironisant,
à Louis XIV :
« Sire, il serait plus facile de saisir la Lune avec les dents
que de tenter en cet endroit pareille besogne. »
Il fallut ensuite attendre le tout début du XIXe siècle pour
que la question redevienne d’actualité. Un projet élaboré
par une commission d’officiers et d’ingénieurs fut proposé
à Napoléon. Afin de permettre la construction du fort, ce
projet prévoyait d’asseoir celui-ci sur une base de rocs déposés
sur la longe. Des rocs des carrières royales furent stockés
à Boyardville. Les premiers travaux d’enrochement débutèrent
en 1804. Cette opération ne pouvait s’effectuer que pendant quelques
heures chaque jour, lors de la marée basse, à cause du courant.
C’est aussi à cause du courant qu’on ne peut effectuer ce travail
qu’à la belle saison. Mais le résultat n’est pas celui escompté,
les rochers s’enfonçant sous leur propre poids. Finalement, en 1809,
ce projet est ajourné.
Il faudra attendre le règne de Louis-Philippe et le regain des tensions
entre Français et Britanniques pour que le projet reprenne, en 1841.
Une nouvelle méthode est mise en œuvre. Ce ne sont plus des
rocs qui sont coulés mais des caissons de chaux, construits sur place.
Finalement, en 1848, la construction du socle s’achève, celui-ci
s’élève à deux mètres au-dessus du niveau de
la mer à marée haute. La construction du fort à proprement
parler prendra alors dix ans :
- 1852 : la construction du niveau inférieur (rez-de-chaussée)
s’achève (magasins à poudre et vivre, cuisines).
- 1854 : fin de la construction du premier niveau.
- 1857 : la construction du fort s’achève avec le dernier niveau
et la tour de vigie.
Cependant, un problème majeur a été sous-estimé
par l’armée : en effet, dû au fait qu’il n’y a très
peu de fond autour du fort, l’accès par le grand escalier de granit
est quasiment impossible à marée basse ou lorsque la mer
est agitée. Les premières jetées sont avalées
par les flots, et le fort tremble fortement à chaque grosse vague,
engendrant une certaine peur dans une partie des soldats. Pour y remédier,
un havre d’abordage (dit "barachoi") est construit au sud, alors
qu’au nord, un brise-lame a été édifié, empêchant
les vagues de frapper directement la paroi du fort.
Le procès verbal annonçant la fin de la totalité
des travaux est enfin signé le 6 février 1866.
Le fort peut alors accueillir deux cent cinquante hommes durant deux mois
sans contact avec le continent. Mais, entre les premiers projets et l’achèvement
de la construction, la portée des canons a augmenté et l’utilité
du fort s’en trouve limitée. Il reste tout de même une œuvre
importante de construction sur la mer, au même titre que certains
phares. Son utilisation militaire ne sera jamais celle qu’elle aurait dû
être. Il devient alors la cible des pillards, plus personne ne sait
quoi en faire. Il sert de prison pour des soldats prussiens et autrichiens
de la Guerre franco-allemande de 1870, puis pour les prisonniers politiques
de la Commune, parmi lesquels Henri Rochefort et Paschal Grousset.
Quelques temps plus tard, du fait de son inutilité, un projet
voit le jour et propose de raser le fort entièrement, ne laissant
que la base en granit, pour installer deux grandes tourelles automatiques,
se levant et s’abaissant sur elles-même; cependant, il ne fut pas
mis en exécution à cause des opposants à celui-ci.
Finalement, en 1913, l’armée s’en sépare, les canons sont
revendus. Durant la Seconde Guerre mondiale, il sert de cible d’entraînement
aux Allemands.
À l’abandon pendant 80 ans, Fort Boyard était devenu le domaine
des oiseaux de mer qui, avec le vent, y ont apporté de la végétation
que les équipes de restauration ont enlevé afin de refaire
l’étanchéité de la terrasse et de la cour intérieure.
Face nord-est du fort
Le 28 mai 1962, le fort est mis aux enchères au prix de 7 500
francs. L’enchère est remportée pour 28 000 francs par Éric
Aerts, dentiste belgeà Avoriaz, qui semble s’être acheté
le fort comme on s’offre un tableau. En effet personne, à commencer
par lui, ne sait vraiment ce qu’il compte en faire , l’acquéreur
n’ayant pas les moyens de l’entretenir, encore moins de le restaurer.
Plus tard, attristé par les dégâts causés par
les pillards, il ne revient plus au fort, se contentant d’en faire le
tour en bateau quand il vient dans la région.
Il revend ce fort en novembre 1988 pour 1,5 million de francs à la
société de production de jeux télévisés
de Jacques Antoine. Celui-ci le revend aussitôt au Conseil général
de la Charente-Maritime pour un franc symbolique. En échange, le
département s’engage à effectuer les travaux de réhabilitation,
et assure l’exclusivité de l’exploitation du lieu à
JAC (Jacques Antoine et Cie, troisième producteur de jeu télévisé
de l’époque). Dès lors, le lieu devient le cadre d’une émission
télévisée.
Encore propriété privée de la société
de production, le fort est partiellement nettoyé (disparition des
pierres, boulets et graminées dans la cour centrale et fermeture
des soutes éventrées) en 1988 afin de faire l’objet de visite
de producteur de chaîne télévision de tout pays, intéressé
par l’idée du jeu. Ce n’est qu’en juillet 1989, après le changement
de propriétaire, que la rénovation totale du fort commence.
Une plateforme offshore (toujours présente mais que l’on ne voit
jamais à la télévision) est construite à vingt-cinq
mètres du fort, pour en permettre l’accès en bateau,
devenu impossible depuis la destruction du havre d’abordage. Le fort
est entièrement nettoyé, cinquante centimètres de guano
et sept cents mètres-cube de saletés diverses sont évacuées.
Le fort est maintenant nettoyé et fermé aux ouvertures grâces
à des vitres, des portes et à des volets. En automne, une
plate-forme de déambulation, sorte de pont, est construite au niveau
du premier étage dans la cour intérieure, afin de desservir
les cellules de cet étage. La construction des décors se voit
arrêter suite à l’arrivée de tempête hivernale.
Ce n’est qu’à partir du printemps 1990 que sont construit le reste
des décors, comme la Salle du Trésor, ou la vigie, mais aussi
les épreuves. D’ailleurs, les derniers préparatifs aux décors
ne seront fini que peu de temps avant le tournage de la première
émission.
En 1996, les plates-formes d’artilleries sont démontées
et restaurées. Mais le fort Boyard est fragile et subit encore
les dégâts de la mer. Après les tournages en 1998,
le département décide d’entamer une nouvelle étape
dans la restauration du monument. Chaque pierre de la terrasse sera démontée
puis réimplantée après avoir été nettoyée.
L’hélicoptère employé pour les travaux aura
fait au total près de 6000 rotations entre le fort et Boyardville.
Cette restauration permet également un nettoyage complet des murs
de façade, ainsi qu’une réparation d’un certain
nombre de fissures. L’étanchéité de la terrasse
est totalement refaite. L’emplacement de la pendule, non restauré
en 1989, est réparé en 1998. Au final, cette tranche de
travaux aura duré de septembre 1998 à avril 1999. Durant
l’hiver 2003-2004, la cour centrale est refaite. Les dernières
restaurations majeures datent de 2005: le colmatage, par du béton,
des assises du Fort fissurées, côté sud, a été
effectué au printemps, avant les tournages du jeu télévisé;
fin été 2005, la réfection totale de tous les murs
de la cour intérieure (piliers des arcades compris) a été
réalisée. Il s’agissait, pour l’équipe de tailleur
de pierre engagée, de changer toutes les pierres endommagées
- en taillant sur la terrasse du fort des pierres aux dimensions voulues,
après avoir fait venir la matière d’Oléron en hélicoptère
- et de refaire les joints des murs.
Depuis le 1er février 1950, le fort Boyard est classé à
l’Inventaire Supplémentaire des Monuments historiques par l’Éducation
Nationale. De ce fait, l’accord de l’architecte des bâtiments de
France est désormais nécessaire avant toute modification
de l’état des lieux.
|