Les fontaines miraculeuses de Bretagne

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Partons à la découverte du mythe des sources sacrées en Bretagne ! Le culte des fontaines miraculeuses remonte à l’époque des druides et découle directement du culte païen des eaux, une tradition ancestrale faite de rituels particulièrement codifiés, de dieux et de déesses, de fées et d’esprits de la nature…

Les origines celtes de ces fontaines magiques

Au Ier millénaire av. J.-C déjà, les druides avaient l’habitude de psalmodier des paroles magiques pour donner à l’eau des fontaines des vertus thérapeutiques capables de guérir les malades, rendre féconde les femmes stériles, faire tomber la pluie ou même prédire l’avenir.

Avec l’avènement du christianisme en Bretagne (du Ve au VIIe siècle), le clergé voit d’un mauvais œil l’intérêt que portent les paroissiens à ce culte bien trop païen. Les moines évangélisateurs s’évertuent alors à détruire ces fontaines dites miraculeuses qui ne sont à leurs yeux que sacrilèges et superstitions. Très rapidement, ils se ravisent et décident de surfer sur la vague en attribuant à chaque fontaine le nom d’un saint local. Ils vont même jusqu’à élever une chapelle à proximité pour faire oublier l’ancien culte des eaux des Celtes et rappeler la toute-puissance du Dieu unique. Les fontaines restent certes miraculeuses, mais seulement par la volonté du Seigneur. Exit les génies des eaux, les déesses et les nymphes !

Les paroissiens s’accommodent fort bien de ce changement, les références aux sources sacrées étant légion dans le Nouveau Testament et souvent associées aux miracles de Jésus. Et d’ailleurs, le Christ lui-même ne fut-il pas lavé du péché originel dans l’eau du Jourdain ? Les bretons, plus que jamais convaincus de vertus thérapeutiques de leurs eaux sacrées, continuent donc de fréquenter assidûment les fontaines miraculeuses. À la fin du Moyen Âge, puis à la Renaissance bretonne (XVIIe et XVIIIe s), les fontaines sacrées de Bretagne se font plus coquettes, surmontées de petits éléments maçonnés, joliment sculptées, et certaines, avec une petite une niche creusée dans le granit servant à accueillir la statue du saint patron.

Fontaines miraculeuses et pratiques rituelles

Il existe en Bretagne une fontaine pour chaque problème : faire tomber la pluie, briller le soleil, favoriser les bonnes récoltes, faire revenir l’être aimé, tomber enceinte, réussir ses examens, se faire exorciser…

Si vous souffrez de rhumatismes, vous êtes atteint de la rage, d’eczéma ou couvert de verrues, la fontaine de guérison est préconisée.

Si vous vous voulez savoir si vous serez marié ou pendu avant la fin de l’année ou que vous êtes impatient de connaitre le sexe de votre futur enfant, privilégiez la fontaine de divination.

Si vous croyez que quelqu’un vous a jeté un sort ou que vous constatez que votre bétail se porte mal, précipitez-vous vers une fontaine de protection.

Ainsi, lors des pardons, les pèlerins affluent en nombre autour des fontaines miraculeuses qui pour l’occasion sont nettoyées et décorées. Le rituel consiste à s’asperger d’eau, remplir une petite bouteille, y tremper un vêtement,  jeter une épingle, se frotter le ventre avec des cailloux, boire l’eau de la fontaine…

Quelques fontaines bretonnes…

On recense en Bretagne près de 2000 sources sacrées et fontaines miraculeuses, véritables institutions de la « pharmacopée bretonne », dont plus d’une centaine est officiellement inventoriée. En voici quelques-unes :

La fontaine de Saint-Jaoua à Plouvien dans  le Finistère, aujourd’hui encore fréquentée pour soigner les ulcères.

La fontaine Saint-Nicodème à Pluméliau dans le Morbihan jadis invoquée pour la protection du bétail ou des animaux de compagnie.

La fontaine de Saint-Fiacre dite des « lépreux » au Faouët dans le Morbihan est réputée pour son eau qui guérit les maladies de la peau.

La fontaine miraculeuse de Sainte-Anne-d’Auray où apparait pour la première fois Sainte-Anne un beau soir d’août 1623.

La fontaine de la Clarté à Combrit dans le pays Bigouden, où les gens trempent un petit mouchoir pour s’humecter les yeux de cette eau qui préserve la vue.

La fontaine druidique de Barenton dans la Forêt de Brocéliande, citée vers 1160 comme une fontaine pouvant déclencher la tempête.

La fontaine Saint-Ivy à Lannion dans les Côtes-d’Armor où il convient, lorsqu’un enfant est malade, de plonger une de ses chemises dans l’eau du bassin. Si les manches surnagent, la guérison est proche !

Si vous habitez en Bretagne, vous avez forcément une petite fontaine tapie dans les bois ou la lande à proximité de chez vous. N’hésitez pas nous en parler dans les commentaires !

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5 Commentaires

  1. Le prince Efflam, le Roi Arthur et le Dragon - Le Breizh-Blog

    […] Efflamm est un saint Breton semi-légendaire et le saint Patron de Plestin-les-Grèves dans les Côtes-d’Armor. Le 26 juin 1819, l’abbé Tresvaux  aurait découvert les reliques du prince irlandais dans l’église Saint-Efflam de Plestin. Les ossements étaient abrités sous une pierre plate à trois pieds sous terre. À quelques pas de là se trouve la fontaine miraculeuse Saint-Efflam, à l’endroit même où il fit jaillir la source d’eau salvatrice. Depuis des siècles, elle a la réputation d’être une fontaine de prédiction. […]

  2. loic le biha

    Fontaine sT anastase (ou ATANAZE) disciple de ST POL évangélisateur de la Bretagne à Mespaul. Atanase etait conu pour guérir tous les maladies et problèmes de vue. La statue de St Anastase fut vendu à une personne habitant Paris. La légende veut que l’épouse de cette personne Tomba malade( maladie incurable) et celle-ci invoquant le saint pour la guérison promis de remettre sa statue à son emplacement. Depuis un siècle la statue est donc revenue dans son logement au dessus de la fontaine qui porte son nom.

  3. Rio

    L’inventaire le plus complet des fontaines (architectures, cultes, vertus thérapeutiques) a été publié par les éditions Yoran Embanner « Fontaines de Bretagne » auteurs Albert poulain et Bernard Rio, diffusion Coop Breizh.

  4. le rallic

    la fontaine de st thuriau 56150 st barthélémy n’avait aucune propriété miraculeuse:une messe et procession conduites dans les années 40 pour conjurer la sécheresse n’avaient obtenu aucune réponse, le saint resté dans l’oubli sidéral où était plongés sa fontaine et son édicule dispersés dans la vase par des mécréants dans les siècles passés.Un homme venu d’ailleurs chercheur de curiosités , eut l’idée géniale de fouiller dans la vaseEt Miracle! ressurgissent les éléments du petit chateau.Second miracle:les processions!

  5. melle

    Merci pour cet article. Oui en effet j aimerai bien avoir des informations sur cette fontaine:NEANT SUR YVEL (56): La fontaine Anne Toussainte de Volvire.
    Merci par avance

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