Les fées en Bretagne

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Retour aux sources du légendaire celtique

Nul doute que la Bretagne, du Finistère jusqu’à Nantes, est une région où les fées avaient élu domicile. Encore faut-il bien s’entendre sur ce que ce terme de « fée » que l’on ne trouve que dans les régions à tradition celtique, recouvre (les régions de tradition nordique parlant plutôt d’ « elfe », ce qui, lorsque l’on regarde les textes irlandais ou gallois, désigne exactement la même chose).

Certains folkloristes comme Paul Sébillot dans son livre « Mythologie et folklore de Bretagne » en ont fait les derniers avatars de druidesses tentant de faire survivre leur culte, tandis que d’autres, tel Karl Grün dans son ouvrage « les esprits élémentaires », y voyaient plutôt des survivances des antiques nymphes ou des Parques, les déesses du destin.

En vue de savoir ce que le terme « fée » désigne, le mieux reste donc de retourner aux sources du légendaire celtique que l’Irlande a su conserver par le biais de ses moines qui ont su syncrétiser, dans les légendes qu’ils ont retranscrites, la mythologie celtique et les dogmes chrétiens.

On y découvre alors que les fées bretonnes sont l’équivalent des Thuatha De Dannan irlandais : un peuple non humain (cette notion se révèlera importante dans la suite de mon propos), anthropomorphe, qui dispose de pouvoirs magiques et vit en liaison intime avec la Nature.

Elles habitent sous des protubérances rocheuses naturelles ou artificielles (mégalithes) comme, parmi bien d’autres, cette « Pierre des fées » à Montault (35), mais aussi dans les profondeurs des bois, souvent près des cours d’eau, comme cette mare aux fées de la forêt d’Huelgoat (29) ou la célèbre fontaine de Barenton dans la forêt de Brocéliande. Elles peuvent également vivre dans les grottes comme celle de la Goule aux fées près de Saint Enogat (35).

Ne pas confondre

FéeDans le Finistère et la région de Carnac, elles sont souvent confondues avec les korriganes, ce qui explique qu’il y ait très peu de toponymie féérique dans ces zones.

Les différents artistes de toutes les époques les ont représentées comme des femmes très belles aux vêtements et à la peau claire avec parfois une couronne de fleurs dans les cheveux. Elles connaissent les secrets de la terre, des plantes, des rochers et des rivières.

Leur cadre de vie était souvent un groupe très hiérarchisé et commandé par une reine appelée Margot. Il existait des « fées » au masculin : les fétauds ou fés mais la place qu’ils tiennent dans les légendes bretonnes est mineure comparée à celle de leurs compagnes.

Il est possible de regrouper ces dernières en deux grandes catégories : les fées marraines qui initient, récompensent et guident, et les fées nymphes qui cherchent à se faire aimer par un humain.

Les premières se rencontrent un peu partout. Elles sont bénéfiques et aident les hommes dans la vie quotidienne. C’est pourquoi, elles sont souvent appelées bonnes dames comme celles de Marpiré (35) qui venaient dans les maisons pendant la nuit en passant par les cheminées et s’occupaient des nourrissons. Elles pouvaient également laver le linge sale qu’on leur apportait ou, à Saint Rémy du Plein (35), ensemencer des champs à la place des paysans en échange d’une galette ou d’une tartine de pain beurré. Sur le littoral, elles aidaient les pêcheurs. Ainsi à La Corbière dans les Côtes d’Armor récupéraient-elles les enfants de ces derniers partis en mer pour les envoyer à leur école et les instruire dans leurs secrets.

Les secondes se trouvent surtout dans les forêts bretonnes. Ainsi Gauvain, chevalier de la Table Ronde et neveu du Roi Arthur épouse-t-il une fée sylvestre. Se marier avec un humain était le seul moyen à leur disposition pour acquérir une âme immortelle. Il fallait toutefois que l’époux se montre fidèle sans quoi les représailles de la fée trompée étaient terribles.

Des fées qui n’en sont pas !!!!

Paradoxalement, les deux fées les plus connues de Bretagne : Morgane et Viviane, n’en sont pas. Comme je l’ai indiqué précédemment, le peuple des fées n’est pas humain. Or Morgane était fille du Duc de Cornouailles et Viviane celle d’un seigneur nommé Dyonas. Elles étaient donc humaines et non pas fées. Cela ne remet pas du tout en cause leurs pouvoirs. Il s’agissait simplement de puissantes magiciennes. Morgane utilisait les fées pour emprisonner les amants infidèles dans le Val sans Retour. Tous les soirs, ces dernières sortaient de l’étang appelé le Miroir aux fées et changeaient le paysage du Val. Viviane quant à elle, tenait ses pouvoirs de Merlin qui lui avait tout enseigné.

l’ingratitude humaine

Malheureusement, les fées auraient quitté la Bretagne au XIXème siècle devant l’ingratitude humaine et les progrès techniques. Leurs larmes auraient créé le Golfe du Morbihan et leurs couronnes de fleurs qu’elles se seraient arrachées avant de les jeter à l’eau en seraient devenues les îles.

Par Christophe Méchin
Directeur de la maison des contes et légendes de Cornouaille.

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