La mer en Bretagne

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La mer avant l’océan

Étant enfant, je n’ai connu que la Méditerranée, comme si passer toutes les vacances au soleil de la Côte d’Azur faisait partie d’un processus de négation de mes racines celtes. Plus tard, les deux mois de vacances d’été, ce fut le Club… Méditerranée, là encore. Et la mer, toujours là, toujours bleue, toujours calme —enfin, le plus souvent. Et la brise, qui venait toujours de la même direction (enfin, le plus souvent) : celle du Soleil. Ça commençait doucement le matin et, si l’on avait de la chance, ça s’énervait un peu vers 14 ou 15 heures, pour retomber mollement ensuite. Et la mer était là, tout le temps, impassible, pour nous rafraîchir ou faire voguer nos petits voiliers.

Ce n’est que bien après, en approchant de mes vingt ans, lorsque les petits voiliers furent devenus grands, que je découvris véritablement (même si, évidemment, je le savais en théorie) qu’il existait une autre mer, à la personnalité bien différente : l’océan.

L’océan me tomba dessus

C’est par la voile que je (re-)vins d’abord à la Bretagne, et que l’océan me tomba dessus. D’un coup, je découvris une mer qui, d’abord, n’était pas toujours de la même couleur, et qui, surtout, n’était pas toujours… là, tout simplement ! Une mer qui s’en allait deux fois par jour, parfois fort loin, à telle enseigne qu’il fallait prendre rendez-vous si on ne voulait pas qu’elle nous fasse faux bond. Une mer qui nous laissait tomber, dans tous les sens du terme, si on n’avait pas pris les bonnes précautions pour mouiller ou amarrer nos esquifs ; une mer qui, selon l’heure de la journée, nous laissait passer ou dressait sur notre route hauts-fonds et écueils, quand ce n’était pas un sournois banc de sable (ou, pire encore, de vase…) sur lequel on se plantait pour plusieurs heures, sans danger mais non sans être la risée des environs. Aucun dégât au bateau, mais l’amour-propre n’en sortait pas intact…

Il fallut retourner à l’école

Cette mer-là, pour l’apprivoiser, non : pour apprendre à vivre avec elle, il fallut retourner à l’école, apprendre les marnages, la règle des douzièmes, le pied de pilote, toute la sagesse que les anciens avaient compilée et dont l’Almanach du marin breton est la quintessence ; apprendre les courants, d’autant plus infernaux qu’ils changent, tournent, voire se renversent complètement en fonction de la marée ; réapprendre aussi le vent, plus fiable qu’en Méditerranée, mais dont il fallait intégrer la compréhension avec les mouvements de l’océan, la lunaison, la météorologie en général. En Méditerranée, on apprenait la voile au Club Mickey, la navigation au doigt mouillé ; en Bretagne, la voile s’apprenait avec le Cours des Glénan, la navigation avec la règle à calcul.

Une vie pour découvrir les côtes bretonnes

Peu à peu, avec les années, j’ai appris cet océan, en commençant par les eaux côtières, l’infernal et merveilleux Morbihan, où l’on peut jouer sans risque à se faire peur, puis la baie de Quiberon et les premières « vraies îles », Houat, Hoëdic, puis le Tro Breizh maritime, le tapis roulant du Fromveur, les chapelets d’îles qui défilent, l’entrée en Manche, l’avant-goût très british des Anglo-Normandes et l’ivresse de l’arrivée en baie de Saint-Malo, à douze nœuds sous spinnaker, au coucher du soleil, alors que les têtes de roche surgissent de partout…

Ensuite, ce furent l’Angleterre puis l’Irlande, les courses trans-Manche aux parcours infernaux, et puis d’autres horizons encore, plus lointains… mais toujours je revins à cette mer de Bretagne, mer d’Iroise, mer Celtique, qui jamais ne ressemblera à ce qu’elle était hier, qui toujours nous surprendra par ses beautés cachées, un instant entrevues, et qui ne reviendront jamais.

Aujourd’hui que nos navigations se sont faites plus calmes, que Tabarly qu’on connaissait tous comme Jean Merrien qu’on connaissait moins, nous ont quittés, c’est avec un plaisir toujours renouvelé que je pense à la mer de Bretagne, que je regarde, ressens, entends cet océan qui sait détruire les gares maritimes, et aussi s’insinuer presque tendrement dans les abers, ce flot qui remonte l’Aven, l’Odet ou la rivière de Crac’h et vient lécher les quilles squelettiques des fantômes de Kerhervy…

Article et photos de Dominique Robert (www.drobert-photo.com)

 

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1 Commentaire

  1. Lakiesha

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