La coiffe bigoudène, plus c’est long, plus c’est bon !

Aucun Commentaire 3019 Vues

Les bigoudènes ont longtemps été les gibiers touristiques de safaris-photos de vacanciers en mal d’exotisme et peu scrupuleux . La « chasse de la Bretonne en coiffe » était alors un incontournable des vacances en Bretagne, au même titre que la pêche à pied, le fest-noz ou encore les crêpes. Les bigoudènes appréciaient guère cette pratique sauvage qui porte atteinte à leur intimité, car oui, la coiffe est quelque chose d’intime pour ces très coquettes Finistériennes ! Petit passage en revue de l’évolution de la coiffe bigoudène (région de Pont-l’Abbé)…

1673, la Révolte du papier timbré, les bigoudènes voient rouge !

En 1673, c’est la révolte des Bonnets Rouges dans le Pays Bigouden. En réponse à ce soulèvement antifiscal, le gouverneur de Bretagne fait détruire le clocher de six églises sachant très bien l’attachement des bigoudens à la religion. Les bigoudènes auraient alors élevé leur coiffe en signe de protestation. Mais ça, c’est la légende !

Avançons dans l’histoire…du simple couvre-chef à la tiare féminine !

Du XVIIe siècle à 1850, la coiffe du Pays Bigouden est relativement discrète, légère et minimaliste. C’est une simple pièce rectangulaire très peu brodée. Dès 1850, la coiffe devient un véritable ornement, une parure avec plus de broderies qui confère à ces dames un élégant port de tête.

Une arme de séduction où chaque centimètre compte…

Durant l’entre-deux-guerres, les bigoudènes se laissent « pousser la coiffe ». Elle atteint des sommets et se fait plus sophistiquée, voire extravagante. C’est pourrait-on dire les années folles de la coiffe. Elle passe ainsi en une génération du statut de béguin de moins de 10 cm à celui de mât de 33 cm ! C’est dans le Pays Bigouden la nouvelle mode. Entre la jeune femme de la côte et celle de la ville, c’est à qui mieux mieux et il ne fallait surtout pas se faire coiffer au poteau par la voisine ! Pourquoi, on ne sait pas exactement…Pied de nez à une société encore tout récemment patriarcale, surenchère de la coquetterie ou excroissance d’orgueil ? Toujours est-il que la coiffe s’allonge en moyenne d’un centimètre par an.

Le cours de la coiffe se stabilise

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, c’est la fin de la course aux centimètres. Les mentalités changent et avec elles, la mode vestimentaire. La coiffe bigoudène n’a plus la côte et la jeune génération la juge ringarde et rétrograde, signe d’un certain retard culturel. Dans les années 1950, les dernières femmes à porter la coiffe ont une trentaine d’années.

Le déclin de la coiffe bigoudène

Dans les années 1960 et 1970, une grande majorité  de bigoudènes abandonne la coiffe bretonne pour adopter un style plus passe-partout, mais aussi pour gagner du temps le matin (car monter une belle coiffe, c’est tout un art, et cela qui prend beaucoup de temps). Au début des années 80, on estime qu’environ 31 % des femmes de plus de 47 ans font de la résistance et continuent à porter leur coiffe. En 2014, la dernière bigoudène à porter quotidiennement la coiffe et star de petit écran avec la pub Tipiak, Maria Lambour, s’éteint à l’âge de 103 ans.

« Quand une coiffe diminue régulièrement ses dimensions, c’est un aveu de déclin. » C’est ce qu’affirmait l’écrivain bigouden Pierre-Jackez Hélias…

Spread the love

Articles liés

Laisser un commentaire

Votre e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués ( requis )

*

code

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Incontournables