À la découverte du métier de goémonier, le « moissonneur de la mer »

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Même si le métier de goémonier est une profession ancrée dans le passé, il est plus que jamais d’actualité. L’algue bretonne, dont on recense plus de 600 variétés en Bretagne, entre dans la composition de nombreux produits agroalimentaires, cosmétiques, pharmaceutiques ou paramédicaux. Elle représente encore aujourd’hui un secteur d’activité à part entière qui fait partie intégrante de l’économie bretonne. La Bretagne est en effet la première région productrice d’algues de France. Découverte…

« Le goémon, l’or de la mer »

Autrefois, le goémon, aussi appelé varech en Bretagne, est employé comme engrais pour fertiliser les terres agricoles, transformé en farine alimentaire pour le bétail (le «goémon à vache»), utilisé comme combustible pour se chauffer  l’hiver. Dans le Finistère, on concoctait autrefois un flan aux algues avec  du « P’tit goém’ » (chondrus crispus, ou pioca breton) chauffé dans du lait.

Du XVIIIe siècle jusqu’aux années 1950, la grande majorité de la production de goémon en Bretagne est destinée à l’industrie pharmaceutique pour l’iode qu’il contient. Découvert en 1872, l’iode sera utilisé tout au long du XIXe siècle pour le traitement de nombreuses infections.

Au début du XXe siècle, le goémon breton intéresse  les entreprises  agroalimentaires qui en extraient les alginates utilisés comme gélifiants, épaississants, émulsifiants dans de nombreux produits alimentaires. On confectionne des pâtes à base d’algue, du thé, des terrines, de la moutarde…et même de la peinture 100% made in Bretagne à base d’algues rouges et d’algues brunes !

Un peu d’histoire…

Pratiquée depuis plusieurs siècles par les populations littorales, la récolte du goémon constituait un complément de revenu pour les familles de paysans qui résidaient sur les îles bretonnes ou à proximité du bord de mer. La collecte du goémon devient une activité réglementée avec une ordonnance de la Marine de Colbert en date de 1681 qui distingue alors trois types de goémon : le « goémon d’épave » ramassé au râteau sur la grève, le « goémon de rive » coupé à la faucille ou au couteau sur les rochers et îlots découverts à marée basse et le « goémon de fond » pêché en bateau.

L’âge d’or de la pêche du goémon se situe durant la seconde moitié du XIXe avec un apogée entre 1925 et 1930.  C’est entre la baie de Morlaix et la rade de Brest dans le pays du Léon en Finistère Nord qu’apparaissent les premières flottilles goémonières notamment à Plouguerneau, Landéda, Portsall, Saint-Pabu, mais aussi autour des îles de l’archipel de Molène, l’île de Sein et Ouessant. À la belle époque, on recense plus de 150 bateaux qui « font le goémon » et le Conquet devient le port où les goémoniers se ravitaillent et embarquent, chevaux, charrettes et matériels.

Jusqu’aux années 1960, la récolte des algues est faite à la main à l’aide d’un couteau ou d’une faucille au long manche. Le goémon est ensuite fourré dans des sacs, puis transporté sur un canot à moteur, un tracteur ou une brouette. Il sera étendu pour le séchage, rassemblé en petit tas puis brûlé dans des fours à goémon creusés à même la terre.

Dans les années 1960-1970 l’activité se transforme rapidement. Les outils se modernisent et les bateaux qui récoltent le goémon de fond sont équipés d’un skoubidou hydraulique : un genre de fourche au bout d’un bras hydraulique qui entortille les laminaires pour les arracher. Arrivé au port, le goémon est chargé dans les camions à l’aide d’une grue puis acheminé vers les usines de transformations à Lannilis ou encore Landerneau.

La Bretagne, première région exportatrice d’algues !

La France se situe au 10e rang mondial des producteurs d’algues. Près de 90% de la production nationale  vient de Bretagne, essentiellement du Finistère et tout particulièrement du port de Lanildut, le premier port goémonier d’Europe. C’est ici d’ailleurs que se trouve la Maison de l’Algue, musée dédié à la découverte de l’algue et au métier de goémonier.  Sur environ 71 000 tonnes d’algues récoltées chaque année, environ 65 000 tonnes sont récoltées en mer et  6 000 à la main. La quasi-totalité de la production est constituée de Laminaria digitata destinée à la production d’alginates pour l’industrie agroalimentaire, pharmaceutique et cosmétique, principaux débouchés pour les algues en Bretagne.

 

photo : By Alexandre Dulaunoy – Flickr, CC BY-SA 2.0

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