Les  naufrageurs et pilleurs d’épaves en Bretagne

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Connaissez-vous la légende des naufrageurs Bretons ? Sans foi ni loi, le naufrageur allume des feux pour tromper les navires, les attirer sur les rochers et provoquer leur naufrage. Après quoi, il ne lui reste plus qu’à achever les rescapés, piller l’épave et s’en mettre plein les poches ! Alors, le naufrageur Breton, mythe ou réalité ?

Les Bretons, des pillards sanguinaires sans pitié ?!?

« Qui voit Ouessant voit son sang, qui voit Sein voit sa fin »…Il y a des endroits comme ça où, jadis, il valait  mieux ne pas échouer quand on était marin… Selon la légende, les naufrageurs Bretons passent pour les plus cruels et impitoyables « pirates de la terre » de la côte Atlantique !

Du Léon au Pays Bigouden en passant par le Cap-Sizun, les naufrageurs avaient l’habitude d’allumer des feux le long du sentier des douaniers, d’illuminer les églises et chapelles sur les falaises ou encore d’attacher des lanternes aux cornes des boeufs qu’ils baladaient sur la côte pour leurrer les navires et faire croire à des balises maritimes. Ainsi trompés, les marins manœuvraient leur vaisseau droit sur les récifs…

Après l’inexorable naufrage, les pilleurs d’épave entrent en action. Plusieurs centaines de riverains se précipitent sur la plage comme des hordes de vautours autour d’une carcasse de gnou crevé. Sans pitié aucune, certains égorgent les rescapés récalcitrants pendant que les autres font main basse sur les vivres et marchandises, les tonneaux de Porto et autres fûts d’alcool, le bois et les cordages…

En une seule nuit, toute la cargaison avait disparu ! Même les cadavres sont détroussés de leurs bijoux et effets personnels. On raconte même que, pour arracher la bague d’une femme qui se noyait, un naufrageur lui coupa le doigt avec les dents !

Ce sont des écrivains comme Guy de Maupassant ou Jules Michelet qui romancent quelque peu ces faits divers pour verser dans le sensationnel…et ça n’arrange en rien la réputation de « barbares arriérés »  dont souffrent les Bretons de l’époque !

Le malheur des uns fait le bonheur des autres !

Pratique courante qui voit le jour sous l’Ancien Régime, le droit de bris ou « droit de naufrage »veut que les débris d’un naufrage appartiennent au seigneur des lieux où ils se sont échoués. Les riverains, qui survivent principalement de ce que la terre et la mer leur offrent, estiment que l’océan leur appartient. Ils s’octroient donc la jouissance de ce « droit de naufrage » et font des débris leur propriété légitime.

Même si Colbert  interdit cette pratique en 1681, rien n’y fait et les habitants du littoral, démunis, coupés du monde et vivant dans une extrême pauvreté, prient chaque jour la Sainte Vierge pour faire lever les tempêtes et chavirer les navires. Chaque naufrage est donc une bénédiction divine, une manne providentielle pour ces Bretons de la côte pour qui le droit de bris est une aubaine. Il faut l’avouer, cette pratique est alors bien plus lucrative que le métier de goémonier et fait partie intégrante de l’économie locale…

Ces « fortunes de mer » ainsi récupérées sur le sable permettent d’améliorer grandement le quotidien des habitants. Ils remplissent ainsi leur besace et leur charrette de produits très prisés comme le bois ou des denrées alimentaires souvent hors de prix, mais aussi des marchandises plus exotiques, rares et précieuses, venues d’Afrique, des Indes ou d’Asie. Dès lors, la bigoudène de Penmarc‘h pouvait vous servir un excellent thé noir de Ceylan dans une authentique porcelaine de Chine… La classe !

Alors, le naufrageur Breton, mythe ou réalité ?

Issu l’imaginaire collectif, le mythe des naufrageurs bretons tient plus du folklore que de la réalité. Aucun document historique, ni  témoignage avéré d’un quelconque capitaine ne relate de massacre de naufragés, ni même de « naufrages organisés » au large des côtes bretonnes… Loin d’être des criminels sans scrupule, les populations riveraines étaient bien souvent enclines à porter secours aux naufragés, et au passage, pouvaient glaner ici et là quelques « petites choses » sur la grève ou les dunes dans le but d’améliorer l’ordinaire… Toutefois, bon nombre d’écumeurs d’épaves sont pris en flagrant délit, arrêtés par les douaniers ou les gendarmes et traduits en justice…

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